De la pelouse à l’écosystème nourricier : trois années de conception à Saint-Denis-sur-Richelieu

De la pelouse à l’écosystème nourricier : trois années de conception à Saint-Denis-sur-Richelieu

Le point de départ : une vision à concrétiser

Lorsque nous avons amorcé la réflexion en 2023, l’une des premières questions posées à notre cliente était toute simple :

« Comment définiriez-vous votre projet? »

Sa réponse tenait en quelques lignes :

« Établir une ferme écologique et durable produisant fruits et légumes variés pour une clientèle de proximité (paniers, kiosque libre-service, auto-cueillette). »

Derrière cette définition concise se cachait une vision beaucoup plus vaste : celle de créer un lieu vivant, productif et harmonieux, capable de nourrir autant les gens que le paysage lui-même.

Le terrain se présentait alors comme un vaste espace ouvert dominé par une végétation herbacée régulièrement entretenue. Ce site allait devenir le point de départ d’un projet agroforestier au Québec visant la création

d’une forêt nourricière pensée sur plusieurs décennies.

Le site en 2023.

Avant d’envisager la moindre plantation, il fallait toutefois répondre à une question essentielle :

Comment transformer cette vision en un projet cohérent, adapté au lieu et capable d’évoluer sur plusieurs décennies?

C’est cette réflexion qui a marqué le début de l’aventure.

Comprendre avant d’agir : l’inventaire écosystémique de 2023

Une fois les objectifs de la famille clairement définis, la première étape n’a pas consisté à choisir des arbres ou à dessiner un plan d’aménagement.

Nous avons d’abord cherché à comprendre le lieu.

En 2023, un inventaire écosystémique complet a été réalisé afin d’identifier les caractéristiques du site et les forces naturelles déjà présentes. En collaboration avec l’agronome Louis Lefebvre, des analyses de sol ont également été effectuées

afin de mieux connaître les propriétés physiques et chimiques des différents secteurs.

Inventaire de la végétation herbacée en 2023.

Cette démarche conjointe a permis de mettre en évidence plusieurs particularités du terrain et de distinguer différentes zones possédant chacune leurs propres potentiels et contraintes.

Plutôt que d’imposer un modèle uniforme à l’ensemble de la propriété, le projet allait désormais pouvoir s’appuyer sur les caractéristiques réelles du site.

Cette étape, souvent invisible pour le visiteur, constitue pourtant l’une des plus importantes de tout le processus.

Car en agroforesterie nourricière, chaque décision future — choix des espèces, localisation des aménagements, implantation des haies brise-vent ou création d’une forêt mycologique — dépend directement de la compréhension du lieu.

 

En agroforesterie nourricière, tout projet commence par la compréhension du lieu.

 

VISITE TERRAIN — 12 SEPTEMBRE 2026 À 16 H

Ce projet vous intéresse?

Venez le découvrir sur le terrain à Saint-Denis-sur-Richelieu.

65 $/personne · 20 places · Réservation : 450 421-4862

Tous les détails à la fin de cet article. ↓]

 

Deux années de conception : 2024 et 2025

Une fois l’inventaire écosystémique complété et les analyses de sol réalisées, une nouvelle étape s’est amorcée : celle de la conception.

Pendant près de deux années, un important travail de design agroforestier a été réalisé afin de transformer la vision initiale de la famille en un projet cohérent d’aménagement écologique durable.

 

 

Cette période de réflexion a permis de développer un design complet intégrant plusieurs composantes complémentaires :

  • une forêt nourricière structurée selon différentes vocations;
  • une future forêt mycologique conçue en fonction des essences implantées;
  • le repositionnement et la reconstruction de certaines haies brise-vent afin de créer des microclimats favorables et de mieux protéger les futurs aménagements;
  • l’intégration de couvre-sols permanents et de transition destinés à accompagner l’évolution du système au fil du temps.

Parmi les aménagements prévus, l’une des haies brise-vent existantes a été déplacée et remplacée par une plantation de saules. Au-delà de leur rôle de protection contre les vents dominants, ces arbres ont été choisis pour leur croissance rapide et

leur capacité à fournir, au fil des années, une source renouvelable de biomasse. Les rameaux issus des tailles pourront être transformés en bois raméal fragmenté (BRF), utilisé pour nourrir le sol et protéger les différentes plantations.

Ainsi, un même aménagement remplit plusieurs fonctions : protéger le site, créer des microclimats favorables et contribuer à l’autonomie du système.

Les couvre-sols de transition ont également été intégrés dans le design afin d’occuper temporairement l’espace entre les jeunes arbres, de protéger le sol et d’accompagner les premières années d’établissement du projet. À mesure que l’écosystème

évoluera, certaines espèces laisseront progressivement leur place à d’autres végétaux mieux adaptés aux différentes étapes de maturation du système.

Cette approche permet de construire l’écosystème progressivement, en respectant le rythme naturel du vivant.

Chaque décision a été prise en tenant compte des caractéristiques du site, mais également de la trajectoire future du projet.

Car en agroforesterie nourricière, on ne conçoit pas seulement pour les premières années. On conçoit pour les décennies à venir.

Cette phase, souvent invisible pour le visiteur, constitue pourtant l’une des plus importantes du processus. Elle assure la cohérence de l’ensemble et prépare les conditions nécessaires au développement d’un écosystème productif, résilient et

durable.

Trois vocations au sein d’une même forêt nourricière

Au fil du design de cette forêt nourricière au Québec, il est rapidement apparu qu’une seule approche ne suffirait pas à répondre aux objectifs du projet.

Plutôt que de reproduire un modèle uniforme sur l’ensemble du terrain, la forêt nourricière a été structurée autour de trois vocations complémentaires : un espace familial, un secteur de production et une dimension plus contemplative intégrée à

l’ensemble du projet.

Le secteur familial

Situé à proximité des espaces de vie, le secteur du bassin d’irrigation a été conçu pour favoriser les récoltes quotidiennes, les activités familiales et le contact direct avec la nature. Le bassin d’irrigation occupe une place centrale dans cet espace.

Le bassin d’irrigation constitue le cœur du secteur familial. Au-delà de sa fonction utilitaire, une partie de ses rives sera progressivement aménagée en zone de détente et de baignade. Une plage naturelle permettra ainsi à la famille de profiter

pleinement du lieu pendant la saison estivale.

 

Le bassin d’irrigation constitue le cœur du secteur familial.

Les abords du bassin seront également végétalisés à l’aide de plantes filtrantes adaptées aux milieux humides. Ces végétaux contribueront à améliorer la qualité de l’eau, à favoriser la biodiversité et à intégrer harmonieusement le bassin au

paysage. L’ensemble du secteur a été pensé comme un lieu de vie où les fonctions productives, écologiques et récréatives se complètent naturellement.

Le secteur de production

Le secteur central de la forêt nourricière a été conçu dans une perspective plus fonctionnelle. L’organisation linéaire des plantations facilite les interventions, l’entretien et les récoltes.

 

Le secteur de production a été structuré afin de faciliter l’entretien, les récoltes et les interventions futures. 

Cette partie du projet pourra éventuellement soutenir une production destinée à une clientèle de proximité à travers différentes formules telles que les paniers, l’autocueillette ou un kiosque libre-service, conformément à la vision initiale exprimée

par la famille dès le début du projet. Ce secteur constitue le cœur des futures productions nourricières du projet.

Une dimension contemplative intégrée au projet

Au-delà des aspects productifs, une partie du projet a également été pensée dans l’esprit d’un parc nourricier contemplatif.

Les chemins, les ouvertures visuelles, les espaces de repos et la diversité des plantations ont été imaginés afin de favoriser la promenade, l’observation et la découverte. L’objectif n’était pas seulement de produire, mais également de créer un lieu

agréable à parcourir et à habiter.

Ainsi, une même forêt nourricière peut remplir plusieurs fonctions et répondre à différents besoins tout en conservant une vision d’ensemble cohérente.

Car au-delà des récoltes, le véritable objectif demeure la création d’un patrimoine vivant appelé à évoluer au fil des décennies.

Concevoir une forêt pour les champignons de demain

Parmi les éléments les plus originaux de ce projet agroforestier, figure l’implantation d’une forêt mycologique, une approche encore peu développée au Québec.

Contrairement aux cultures traditionnelles sur billots inoculés, cette approche vise à créer les conditions favorables au développement futur de champignons gastronomiques directement au sein d’un écosystème forestier vivant.

Le secteur mycologique a été conçu pour favoriser le développement progressif d’un écosystème propice aux champignons gastronomiques.

L’objectif n’est donc pas de produire rapidement quelques récoltes, mais plutôt de construire progressivement un milieu capable de soutenir, à long terme, les interactions naturelles entre les arbres, le sol, les microorganismes et les champignons.

Dès la phase de conception, certaines essences ont été sélectionnées en fonction de leur potentiel d’association avec différentes espèces fongiques. Les caractéristiques du site, la composition future du couvert forestier ainsi que l’évolution

prévisible de l’écosystème ont également été prises en compte.

Dans ce type de projet, le temps devient un allié.

La création d’une forêt mycologique repose sur une vision à long terme où chaque  intervention contribue progressivement à la construction d’un écosystème vivant.

Année après année, les arbres grandiront, les sols évolueront et les relations entre les différents organismes se développeront progressivement. C’est cette dynamique naturelle qui permettra éventuellement l’apparition d’un écosystème

mycologique productif.  Cette approche demande de la patience. Elle s’inscrit dans une vision à très long terme où l’on ne cherche pas à contrôler la nature, mais plutôt à créer les conditions favorables à son expression.

Plus qu’une simple production de champignons, la forêt mycologique représente une autre façon d’habiter et de valoriser les écosystèmes forestiers.

Mai 2026 : le passage à l’action

Les 7 et 8 mai 2026, les premières plantations ont marqué le passage du projet de la conception à la réalité.

Après près de trois années d’inventaires, d’analyses et de design agroforestier, le printemps 2026 a marqué le début concret de l’implantation de cette forêt nourricière au Québec.

Les 7 et 8 mai 2026, les différents secteurs planifiés au cours des années précédentes ont commencé à prendre forme sur le terrain. Les arbres et les arbustes ont été implantés conformément au design établi, donnant naissance aux premières

structures de la future forêt nourricière et de la forêt mycologique.

Au-delà de la simple plantation, cette étape représentait la concrétisation d’une vision élaborée patiemment depuis 2023.

Les travaux ont notamment permis :

  • l’implantation des arbres et des arbustes selon les différents secteurs du projet ;
  • la mise en place du secteur mycologique ;
  • la reconstruction et le repositionnement de certaines haies brise-vent ;
  • la matérialisation concrète des choix réalisés au cours des années précédentes.

Une collaboration essentielle

La réalisation des travaux a été rendue possible grâce à la collaboration de l’équipe de Zébois, qui a assuré la plantation des arbres et des arbustes.

Ce projet illustre l’importance du travail d’équipe dans la réussite d’aménagements de cette ampleur. De la conception à la réalisation, chaque intervenant apporte une expertise complémentaire qui contribue à transformer une vision en réalité.

Je tiens d’ailleurs à remercier chaleureusement l’équipe de Zébois pour son professionnalisme, sa rigueur et son engagement tout au long de ces journées de plantation.

Planter des arbres est un geste qui se réalise en quelques jours. Concevoir les conditions de leur réussite demande parfois plusieurs années.

Ce projet n’est qu’au début de son histoire

Aujourd’hui, les arbres sont encore jeunes et l’ensemble du projet peut sembler modeste à l’œil. Pourtant, l’essentiel est déjà en place.

Les infrastructures ont été construites, les différentes vocations du site ont été définies et les premières plantations ont été réalisées. Le temps fera maintenant son œuvre.

Au fil des années, les haies brise-vent gagneront en efficacité, les couvre-sols évolueront, les arbres prendront leur place et les interactions entre les végétaux, le sol et les champignons deviendront de plus en plus complexes.

Une forêt nourricière ne se construit pas en quelques semaines. Elle se pense sur plusieurs décennies.

Ce projet agroforestier illustre une conviction qui guide notre travail depuis le début : créer un patrimoine vivant grâce à l’agroforesterie nourricière. Une approche qui permet de concevoir des aménagements

écologiques durables, adaptés au territoire et appelés à évoluer pendant plusieurs générations. Au Chêne aux pieds bleus, nous croyons que chaque forêt nourricière constitue avant tout un patrimoine vivant appelé à

grandir avec le temps. Parce qu’en matière d’écosystèmes, le plus beau travail est souvent celui dont les plus grands résultats apparaîtront dans dix, vingt ou cinquante ans.

Au printemps 2026, les premières plantations sont en place. L’écosystème commence tout juste son histoire.

VISITE TERRAIN — SAMEDI 12 SEPTEMBRE 2026 À 16 H

De la pelouse à l’écosystème nourricier

Après trois années d’inventaire, de réflexion, de conception et de travaux, les premières structures de cette forêt nourricière et de cette forêt mycologique sont maintenant en place.

Nous vous invitons à venir découvrir le projet directement sur le terrain, à Saint-Denis-sur-Richelieu.

Cette causerie terrain permettra de parcourir le site et de comprendre concrètement :

  • l’évolution du terrain depuis 2023;
  • la démarche de caractérisation et de conception;
  • les différents secteurs de la forêt nourricière;
  • la reconstruction des haies brise-vent;
  • la conception d’une forêt mycologique intégrée au projet dès son implantation;
  • la manière dont ces jeunes plantations sont appelées à évoluer au cours des prochaines années.

Cette rencontre s’adresse particulièrement aux propriétaires de terrains et de boisés qui réfléchissent à la valorisation de leur propriété, ainsi qu’aux personnes intéressées par l’agroforesterie nourricière.

Samedi 12 septembre 2026 à 16 h

Saint-Denis-sur-Richelieu

65 $ par personne

Maximum de 20 participants afin de favoriser les échanges sur le terrain.

Réservation obligatoire au 450 421-4862.